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Que Signifie Etre Soi Meme Dissertation


La méthode de la dissertation

La dissertation relève d'un savoir-faire c'est à dire d'une technique. Il est impossible, dans ces conditions, de donner des principes qui vous permettront de réussir du premier coup et à tout coup. Pensez bien que si tel était le cas tous les candidats au baccalauréat obtiendraient la note maximale à l'examen. On apprend à faire des dissertations… en en faisant. C'est la raison pour laquelle nous allons ensemble examiner un sujet en regardant pratiquement comment procéder, étape par étape.

L'analyse du sujet

Soit donc le sujet : Faut-il être seul pour être soi-même ?
J'imagine que certains ont déjà envie de répondre par oui ou par non… C'est exactement ce qu'il faut éviter de faire. Comment répondre en effet à une question sans savoir précisément ce qui nous est demandé ? La dissertation est d'abord un exercice de lecture et lire n'est pas seulement déchiffrer des mots mais chercher à comprendre, le crayon à la main, ce qui est précisément écrit. Avant de répondre à une question, il faut l'interroger car elle n'est jamais simple. Ainsi, pour notre sujet : qu'est-ce que signifie être seul ? N'y a-t-il pas plusieurs sens à cette expression ? Que veut dire être soi-même ? Le verbe falloir n'a-t-il pas plusieurs sens en français ? etc. C'est pour cela qu'il faut respecter scrupuleusement les étapes suivantes :

  • Repérer d'abord, en les soulignant, les mots et expressions clef et entourer les mots qui donnent sens à la question. Dans notre exemple, nous obtenons le résultat suivant :
  • Définir très précisément les mots et expressions soulignés. Être seul, c'est bien sûr être sans les autres mais la solitude peut revêtir des formes très diverses :
    • Il y a d'abord la solitude volontaire et temporaire de celui qui s'isole quelques minutes, voire quelques heures mais en vivant ordinairement avec les autres
    • Il y a ensuite la solitude toujours volontaire mais durable de l'ermite qui s'isole pour de nombreuses années
    • Il y a la solitude involontaire de Robinson qui, à la suite d'un naufrage, se retrouve sur une île déserte pendant 20 années mais après avoir connu l'éducation que procure une existence sociale
    • Il y a la solitude involontaire de l'enfant sauvage qui commence dès la petite enfance
    • Enfin, pourquoi ne pas envisager aussi ce cas très particulier de solitude qu'est l'autisme quand l'individu se trouve isolé des autres dans la forteresse que crée la maladie mentale ?
    On le voit une réponse trop rapide qui ignore l'interrogation nécessaire du sujet nous aurait fait passer à côté de biens des aspects de notre question.
    Qu'est-ce, maintenant, qu'être soi-même ? L'expression est paradoxale. Puis-je être autre chose que moi-même ? Etre soi-même, c'est d'abord être son être propre, authentique, pensant et agissant librement et non comme les autres. Être soi-même, c'est être le sujet de ses pensées et actions et non en train de copier, d'imiter autrui. Se pose donc la question de la coïncidence avec soi-même sans contamination par la personnalité d'autrui. Etre soi-même, c'est ne pas être aliéné puisque l'aliénation est la perte de soi dans un autre. Dans l'aliénation mentale, par exemple, le fou n'est plus lui-même. Mais on peut aussi parler de l'aliénation sociale, du conformisme qui fait que chacun perd son authenticité dans le nivellement social. Les passions aussi peuvent être aliénantes. Ne dit-on pas de l'homme en colère qu'il est "hors de lui" et celui-ci s'excuse après coup : "je n'étais plus moi-même, je ne savais plus ce que je faisais". Être soi-même, c'est donc aussi se dominer, se maîtriser.
  • Définir les expressions et mots entourés. Dans notre exemple, qu'est-ce que signifie "faut-il"? Le verbe falloir a deux sens en français. Il peut signifier "être nécessaire" (est-il nécessaire d'être seul pour être soi-même ?) ou "être de mon devoir de" (est-il de mon devoir d'être seul pour être moi-même ?). On voit aisément que le sens moral importe peu ici. La question posée est donc de savoir si la solitude est nécessaire à l'authenticité, à la coïncidence de soi avec soi. Remarque importante : il faut toujours faire très attention avant d'éliminer un des sens d'un mot du sujet. Dans un premier temps, tous les sens doivent être examinés.
  • A ce moment de l'analyse, on peut rechercher la réponse spontanée à la question posée. Quelle est la réponse la plus évidente que je peux donner à cette question que je commence maintenant à comprendre ? Il semble évident que la réponse est affirmative. Comment puis-je en effet être assuré d'être vraiment moi-même sans subir l'influence d'autrui, sinon dans la solitude ? Mais justement, les réponses spontanées sont rarement les bonnes et c'est du reste pour cela qu'il importe de les repérer.
  • Repérer les présupposés éventuels de la question. Ils sont importants pour éviter le hors sujet mais n'existent pas toujours. Ici, il est plus ou moins présupposé qu'il est possible d'être soi-même. La question de cette possibilité n'est donc pas ce qui est fondamentalement en question.
  • Repérer les notions du programme concernées. Ici le sujet concerne la question de la conscience et celle d'autrui. Deux notions au moins sont donc concernées.
  • Enfin, reformuler la question, de préférence et quand cela est possible sous la forme d'une alternative (ou bien …ou bien) qui met bien en évidence les deux thèses fondamentales et opposées auxquelles ouvre la question. Ici, les deux thèses sont les suivantes :
    • Ou les autres m'empêchent d'être et constituent un obstacle à mon authenticité
    • Ou, au contraire, c'est par l'existence sociale et le contact avec autrui que se constitue mon être.
    On pourra donc formuler la question de la façon suivante : les autres sont-ils le ferment de la constitution de soi, ou, au contraire, l'obstacle qui m'empêche d'être ?

Cette analyse de la question, maintenant terminée, nous a pris du temps et nous n'avons pas encore traité le moins du monde le sujet. Sachez bien qu'il ne s'agit pas d'un temps perdu et que si vous ne procédez pas ainsi à l'examen vous courez à la catastrophe. Le hors sujet est le défaut le plus grave d'une dissertation.

Rechercher les idées et faire un plan

La recherche des idées se fait au brouillon. A l'examen vous ne disposerez d'aucun document et ne pourrez-vous fier qu'à vos souvenirs de cours ou de lecture… et à votre intelligence. La philosophie consiste avant tout à penser par soi-même. À vous donc de vous interroger et il n'est pas d'autre méthode que de noter soigneusement au brouillon toutes les idées que le sujet vous évoque. Néanmoins, vos professeurs apprécieront vos éventuelles connaissances philosophiques et, puisque nous ne sommes pas ici à l'examen, je vous propose quelques références qui pourront nourrir votre réflexion.
Une première piste possible consiste à reprendre les différents sens du mot solitude que nous avons repérés.
En ce qui concerne d'abord la solitude temporaire et volontaire, on pourra trouver des éléments intéressants de réflexion chez Heidegger (auteur malheureusement difficile) sur le thème du nivellement social et de ce qu'il appelle la "dictature du On" (Être et temps), et aussi chez Schopenhauer. On pourra aussi se référer au thème de la mauvaise foi chez Sartre et notamment du célèbre épisode du garçon de café ( L'être et le néant", 1ère partie, chapitre 2) où Sartre montre comment nous sommes conduits face aux autres à jouer une comédie, un personnage.
Le thème de la robinsonnade a été abordé dans un roman de lecture facile : Vendredi ou les limbes du Pacifique de Tournier dont je vous recommande vivement la lecture.
L'incontournable livre de Lucien Malson, Les enfants sauvages vous éclairera sur ce que ferait réellement de nous l'absence totale de contact social.
Enfin La forteresse vide de Bettelheim permettra d'étudier l'autisme.
On pourra se référer aussi aux auteurs qui ont insisté sur le rôle d'autrui dans la constitution de soi : Hegel, Lacan et aussi la thématique du regard chez Sartre.
Encore une fois, tout ceci est donné à titre indicatif et il est tout à fait possible, quoiqu'un peu risqué, de construire une dissertation sans référence philosophique.
Une fois vos idées trouvées, il faudra les mettre en ordre et constituer un plan. À vous de voir ce qu'il est logique d'aborder en premier. Rappelez-vous que la thèse que l'on défend est toujours la dernière abordée dans le devoir et qu'il faut d'abord commencer par celle que l'on va réfuter, que les parties doivent être équilibrées c'est à dire être d'à peu près même longueur. Le nombre de vos parties est libre. Certes la dissertation idéale suit un plan en trois parties (mais on n'exige pas de vous une dissertation idéale). Vous pourrez n'en faire que deux ou aller jusqu'à quatre. N'allez pas au-delà néanmoins car il n'est pas réaliste de vouloir mener une dissertation de plus de quatre parties dans le temps imparti à l'examen. Quant à ne pas faire de partie du tout, cela signifierait que votre dissertation n'a pas de plan et n'est donc pas une dissertation.
Pour le sujet qui nous occupe, vous trouverez ci-dessous une proposition de plan. Attention ! il ne s'agit en aucun cas d'un modèle. Il y a toujours plusieurs cheminements possibles et celui qui vous est proposé n'est qu'une possibilité parmi d'autres. Si certains points de ce plan ne vous semblent pas clairs (un plan est toujours un rapide résumé), pas de crainte, un corrigé complet suivra.

I La nécessité de la solitude pour être soi-même

1) La société, c'est le nivellement

  • La "Dictature du On" chez Heidegger
  • Schopenhauer montre que l'authenticité passe par la solitude

2) L'être et le paraître

  • Autrui ne voit pas ma conscience mais l'apparence extérieure de moi.
  • Je peux donc être conduit à paraître, à jouer un rôle, un personnage comme le montre l'exemple du garçon de café chez Sartre qui joue à être ce garçon de café parce que c'est ce que les autres attendent de lui.
  • Si je confonds l'être et le paraître, si je crois que ce personnage à l'usage d'autrui, c'est moi, alors je suis de mauvaise foi et je ne peux plus être moi-même

3) Société et individualité.

  • Il est vrai que la société exerce une contrainte sur nous comme le montrent les analyses des sociologues Tardes ou Durkheim
  • Néanmoins la société ne fait pas de nous des robots. Nous ne sommes pas tous semblables et chacun a son originalité. Ne faut-il pas alors dépasser cette analyse ? Que serais-je sans les autres ?

II Que suis-je sans les autres ?

1) L'enfant sauvage

Montrer ici que l'enfant sauvage doit à son isolement de n'avoir pas constitué de personnalité. La privation sociale ne nous fait pas être nous-mêmes.

2) L'autisme

En s'isolant, l'enfant autistique se constitue une forteresse vide, c'est à dire qu'en l'absence de relation avec l'autre la personnalité, le Moi, disparaît. L'enfant autistique ne peut être lui-même.

3) La robinsonnade

Montrer ici à partir du roman de Tournier comment la solitude ronge progressivement les facultés de Robinson. La conscience de soi et celle des choses nécessitent la présence d'autrui qui manque à Robinson.

Si sans les autres nous ne sommes rien, il faut conclure que c'est autrui qui nous constitue. Comment le fait-il ?

III Comment l'autre me constitue-t-il ?

1) Autrui et le développement de la personnalité

On développera ici les analyses de Lacan et notamment comment l'enfant constitue une personnalité séparée de celle de sa mère par le rapport avec son père dans la situation œdipienne. On pourra aussi se référer aux analyses de Hegel sur le thème de la reconnaissance.

2) Le regard

A travers la thématique du regard chez Sartre, on montrera comment l'autre me fait exister, me dévoile à moi-même. La pièce Huis-Clos, où l'on voit comment la mauvaise foi des personnages ne résiste pas au regard d'autrui et oblige les protagonistes à révéler qui ils sont pourra servir d'illustration.

3) Autrui est-il une condition suffisante pour être soi-même

Il s'agit ici de montrer que si autrui est une condition nécessaire pour être soi, il n'en est pas une condition suffisante. On peut se laisser aller au piège du conformisme. Socrate, qui reste soi jusque dans la mort, constitue une exception.

Rédiger sa dissertation

Comme chacun sait, une dissertation comporte une introduction, un développement, une conclusion.
1) L'introduction
Parce qu'elle se situe au début et provoque la première impression qu'on aura sur la copie, il importe de la rédiger avec soin et donc de faire un brouillon. Sa fonction est double. Elle doit montrer que la question posée est un vrai problème, c'est à dire qu'on ne peut y répondre d'emblée. Elle doit aussi indiquer comment vous allez aborder l'étude de ce problème et c'est pourquoi on ne la rédigera qu'après avoir élaboré le plan. Elle ne comporte qu'un seul alinéa.
Une bonne introduction comporte cinq points :

  • Partir d'une considération générale mais en évitant les phrases passe-partout du genre "le plus grand problème que l'humanité s'est posé jusqu'à nos jours" ou "De tous temps les hommes...". Il faut partir de la notion principale concernée par le sujet.
  • Amener le sujet par une phrase. Il faut faire en sorte qu'une contradiction surgisse.
  • Poser le problème sous forme de question en utilisant la reformulation qui a été trouvée lors de l'analyse du sujet.
  • Montrer l'intérêt de la question posée.
  • Enfin annoncer votre plan, de préférence sous la forme interrogative. Le plan doit découler logiquement de la formulation du problème .

Pour notre sujet, voici un exemple (et là encore, il ne s'agit pas d'un modèle) :

L'homme est le seul animal qui dispose d'une conscience réflexive, c'est à dire qui est capable de se penser lui-même et de se vivre dans la singularité : dire "je suis moi-même", c'est dire "je ne suis pas un autre et j'assume la responsabilité de mon originalité". Mais, en même temps l'homme est aussi un être social qui subit l'influence des autres et on peut se demander si cela ne le conduit pas nécessairement au conformisme. Alors, les autres sont-ils l'obstacle qui m'empêche d'être ou au contraire le ferment de la constitution de soi ? La question est importante car sa réponse éclaire la définition classique d'Aristote : "l'homme est un animal politique" c'est à dire social. De prime abord il semble bien qu'on ne puisse être soi que dans la solitude qui nous préserve de l'influence d'autrui. Cependant placés dans une solitude absolue serions-nous vraiment capables d'être ? Si la réponse est négative, alors comment l'autre peut-il me constituer ?

2) Le développement.
Il sera directement rédigé sur la copie pour ne pas perdre de temps (seul le plan est noté au brouillon). Chaque partie doit comporter une petite introduction d'une ou deux phrases où l'on annonce ce qu'on va démontrer ou ce dont on va débattre et une petite conclusion où l'on résume les acquis.
On veillera aussi aux transitions qui se situent soit à la fin de la partie qui s'achève, soit au début de la parie qui commence mais non "quelque part entre deux". Vous y prêterez la plus grande attention car c'est un point délicat et il n'est pas facile de faire de bonnes transitions. La transition doit indiquer au lecteur comment on passe d'une idée à l'autre et quel est le lien logique entre vos deux idées (conséquence, opposition, nuance etc.). Elle met en lumière l'ordre de vos idées.
A l'intérieur de vos paragraphes, quelques règles doivent être respectées :

  • Ne jamais avancer une idée sans la démontrer, sans argumenter. La dissertation est avant tout un exercice de démonstration.
  • L'utilisation des exemples est recommandée (car l'exemple éclaire votre pensée) mais l'exemple n'est jamais une preuve. Ce n'est pas parce que ce que vous dites est vrai dans un cas qu'il est vrai dans tous les cas. Inutile par conséquent de multiplier les exemples, un seul par idée suffit !
  • Les citations ne sont pas des preuves. Il n'y a pas de principe d'autorité en philosophie. Les citations doivent être courtes, non banales (évitez les proverbes) et le nom de l'auteur doit toujours être précisé. Une citation doit toujours être expliquée : vous devez montrer que vous l'avez comprise.
  • Les références doivent être précises. Qu'elles soient artistiques, littéraires, cinématographiques etc., il importe d'éviter le vague. Si vous parlez d'un roman, par exemple, préciser le titre et l'auteur.
  • Utilisez toutes vos connaissances, philosophiques ou non philosophiques. La seule interdiction est de sortir du sujet.
  • Si vous utilisez les auteurs, ne les juxtaposez pas de façon arbitraire. La philosophie n'est pas la somme des thèses philosophiques. Vous ne pourrez aborder un second auteur qu'après avoir montré les limites de la thèse du premier. Les auteurs sont avant tout là pour illustrer "votre" pensée.
  • Evitez de parler de ce que vous connaissez mal, tant au niveau du vocabulaire (évitez les termes dont vous ne maîtrisez pas le sens, en particulier les termes philosophiques) qu'au niveau des idées ou des faits. Combien d'erreurs grossières viennent ainsi de l'ignorance !
  • Essayez au maximum de capter l'attention de votre lecteur. Ménagez un certain "suspens". La dissertation est un exercice littéraire.
  • N'oubliez pas cependant que le style de la dissertation est celui de la démonstration, ce qui exclut le lyrisme et les considérations affectives et moralisantes. Evitez, en particulier, de dire "je pense que", ou, pire encore "je crois que".
  • N'oubliez jamais que le correcteur n'est ni muni d'un microscope, ni apte à déchiffrer les hiéroglyphes. Il importe donc de soigner l'écriture et la présentation. On ira à la ligne pour séparer les alinéas, on passera une ou deux lignes pour signifier qu'on change de partie. On veillera à la correction de l'orthographe et de la grammaire. Les professeurs de philosophie sont très attentifs à la correction de la langue car c'est un acquis philosophique qu'on ne peut penser correctement dans une langue incorrecte. Du reste si vous négligez le français, votre propos devient incompréhensible.

3) La conclusion.
Comme l'introduction, elle sera particulièrement soignée et doit être rédigée d'abord au brouillon.
Elle doit être concise et ne constitue nullement une partie supplémentaire de votre devoir. Il n'est pas question d'y développer une idée concernant le sujet et n'ayant pas trouvé sa place dans le développement. Il ne faut pas non plus répéter en détail tout ce qu'on a déjà dit. Une conclusion comporte deux éléments :

  • Faire un bilan des acquis et répondre à la question posée en introduction
  • Soit élargir les résultats pour en montrer la valeur générale, soit poser une nouvelle question à condition qu'elle soit bien sûr en rapport direct avec ce qui vient d'être dit.

Ouf ! Nous en avons terminé. J'espère que toutes ces recommandations n'effraient pas les futurs candidats au baccalauréat. Souvenez-vous, en tout état de cause, que la dissertation est un apprentissage qui suppose avant tout du travail. Vos professeurs n'y sont pas non plus arrivés du premier coup mais ils se sont "accrochés". Pour ceux qui ont du mal, sachez qu'un jour ou l'autre se produit le "déclic" qui rend l'exercice plus facile. La seule condition est de ne pas se décourager.
Si vous le désirez, vous pouvez maintenant télécharger le corrigé complet de notre sujet. Le fichier est au format Word 6.
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Peut-on ne pas être soi-même ?

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Description :
Corrigé avec introduction et plan détaillé et de nombreuses références.

 

Introduction



1) Opinion commune

On a souvent tendance à utiliser l’expression « je n’étais plus moi-même » quand nous sommes dans la situation d’un acte que nous réprouvons. Nous signifions alors à la fois une absence dans notre rapport à notre identité, et la revendication d’une identité. D’ailleurs, l’expression « soi-même » a ce sens : elle renvoie à la notion d’identité personnelle et implique une connaissance de soi (de sa personnalité, sentiments etc.), c’est-à-dire en un sens général, une conscience de soi.

2) Mise en critique de l’opinion

Or est-il possible de concevoir une conscience de soi qui se nie ? Peut-on se définir en dehors de toute perception de soi. Mais qu’est-ce qu’être soi-même ? N’est-ce pas également cette partie de l’inconscient en nous ? En effet, l’inconscient semble nous déterminer, et il considéré comme cette partie en nous qui nous échappe. Il serait donc possible d’envisager cette question du sujet si nous faisons l’hypothèse de l’inconscient. Mais cela n’enlève rien au paradoxe : est-il possible de nier son identité ? Est-ce une expérience volontaire (Sartre et la mauvaise foi) et est-ce involontaire (le processus inconscient chez Freud) ou est-ce là l’expérience du mensonge le plus inattendu ?

Plan



Dans un premier temps, il s’agira d’éprouver cette opinion commune qui consiste à dire qu’il semble difficile de ne pas être soi-même car être soi-même c’est notre expérience la plus quotidienne. Puis il nous faudra soumettre cette thèse à la critique, pour enfin dégager ce que signifie que n’être pas soi-même.

PREMIERE PARTIE : Etre soi-même est la seule possibilité pour la conscience

Sous-partie 1

Argument : Etre soi-même c’est avoir conscience de son identité

- L’expression « soi-même » renvoie à une expérience subjective que fait une conscience

- Soi-même c’est l’idée d’un Sujet

Exemple : quand on affirme « je me connais moi-même », cela illustre l’idée d’une conscience qui fait retour sur elle-même et qui élabore un rapport direct avec sa propre identité.

- Ainsi, être soi-même se résume donc à être une conscience

Sous-partie 2

Référence philosophique : Descartes, Méditations métaphysiques

- C’est d’ailleurs à ce résultat que parvient Descartes quand celui-ci s’interroge sur la nature du moi. L’expérience du doute le conduit à isoler une identité, un sujet fondé sur la toute-puissance de la pensée. Son cogito est l’expression directe et immédiate de la conscience de soi revendiquant à la fois sa nature (la pensée) et sa condition (l’existence).

- Donc, être soi-même pour Descartes c’est faire l’expérience du cogito.

- Par conséquent, par l’approche cartésienne, nous retenons deux choses pour aprofondir notre réflexion quant à savoir ce qu’est « être soi-même » : la pensée et l’existence.

Sous-partie 3

Argument : Etre soi-même c’est donc d’une part se penser soi-même, et d’autre part savoir qu’on existe

- La pensée : savoir ce que l’on est, ce que l’on fait. Le retour sur soi-même nous met constamment en rapport avec nous-même. Il y va ici de la connaissance de soi.

- L’existence : exister c’est s’ouvrir au monde, c’est extérioriser son identité pour l’imprimer dans ce monde social qui semble autant nous définir que dans la simple connaissance de soi (Autrui). Il y va ici de l’affirmation de soi à l’égard des autres.

Transition : Ainsi, il semble que l’on soit toujours soi-même. Et cette thèse est soutenue par deux points fondamentaux :
a) La connaissance de soi
b) L’affirmation de soi à l’égard des autres

SECONDE PARTIE : Difficultés de la thèse soulevée en première partie

Sous-partie 1

Argument : OR d’un point de vue philosophique, la connaissance de soi soulève une difficulté majeure

- La connaissance suppose toujours deux choses : un SUJET CONNAISSANT et un OBJET CONNU. (repère Subjectif/Objectif)

- Dès lors, se connaître soi-même supposerait que l’on serait à la fois SUJET et OBJET !

- C’est d’ailleurs une critique que nous pouvons adresser au cogito cartésien : le doute nous conduit à expérimenter une situation absurde : celle d’une conscience qui à la fois s’exerce et s’observe en train de s’exercer !

Exemple : un cycliste ne peut pas descendre de son vélo pour se regarder en train de pédaler.

- Ainsi, être soi-même ne peut pas se fonder sur la connaissance de soi qui, elle-même, semble être une expérience impossible

Sous-partie 2

Argument : Le rapport à Autrui met en péril mon identité

- Mon rapport aux autres pose une difficulté : si mon identité n’existe qu’à travers lui, suis-je véritablement moi-même ? Suis-je le mieux placé pour me connaître ? On se définit le plus souvent par rapport aux autre, c’est là tout le jeu social. Ma conscience, pour exister, doit affronter la conscience de l’autre.

- La conscience de soi a besoin de la conscience de l’Autre pour se définir comme une identité propre et individuelle.

- Or toute la difficulté est là : si l’Autre est pour mon identité une médiation incontournable, comment comprendre cette même identité ?? Peut-elle être réellement individuelle, ou n’est-elle pas en réalité collective ?

Exemple : La mode est un phénomène de coercition (une manière d’agir qui s’impose à l’individu). Et dans cette imitation sociale, l’appartenance à un groupe auquel je veux m’identifier, remet en cause l’idée même de conscience individuelle.

- Par conséquent, comment être soi-même si notre identité ne peut jamais se penser dans son rapport à l’individualité ? N’est-ce pas « ne pas être soi-même » que de suivre une conscience collective dans laquelle nous croyons trouver plus de choses qu’en nous-mêmes ?

- Qu’est-ce qu’être soi-même si nous n’avons en réalité que peu de rapport avec notre conscience intime et individuelle ?

Sous-partie 3

Référence philosophique : Nietzsche, Le Gai Savoir

- Nietzsche répond à cette question de manière radicale : « Combien de gens savent-ils observer ? Et dans le petit nombre qui savent, combien s’observent-ils eux-mêmes ? Nul n’est plus que soi-même étranger à soi-même (…) La maxime « connais toi toi-même » prend dans la bouche d’un dieu et adressée aux hommes l’accent d’une féroce plaisanterie. » (§ 335)


- L’observation de soi ne conduit pas à la connaissance de soi mais à notre propre étrangeté. Se connaître soi-même est une impossibilité, une farce que la philosophie rationalise pour se donner un sens. Etre soi-même est une quête sans fin car nous n’avons jamais de rapport réel avec notre identité propre.

- Ainsi, d’une certaine façon, Nietzsche affirme que l’on ne peut pas être soi-même. Et cette posture identitaire est pour lui beaucoup plus vraie, plus sensée qu’une identité individuelle que l’on revendique mais qui n’est au fond qu’un concept, c’est-à-dire qu’une construction philosophique dont le but est de nous rassurer dans l’existence.

Transition : La thèse de l’opinion ne tient plus et notre référence à Nietzsche précise davantage son insuffisance.

TROISIEME PARTIE : valorisation de la thèse → on peut ne pas être soi-même

Sous-partie 1

Argument : C’est d’abord un FAIT

- La citation de Nietzsche emploie à deux reprises le verbe « observer ». Le philosophe allemand veut signifier par là que « soi-même » ne fait jamais l’objet d’une observation, d’une vision, d’un examen.

- Dès lors, « soi-même » n’est jamais l’objet d’une expérience sensible ! L’identité n’est qu’un concept et non une réalité (je vous renvoie à la critique du cogito opérée par l’auteur quand il affirme que la seule certitude rencontrée dans le cogito cartésien est le « Je » comme entité linguistique)

- Par conséquent, « Soi-même » n’est pas autre chose qu’une idée, c’est-à-dire une représentation

- La seule expérience que nous faisons de nous-même est celle d’une identité sans cesse changeante, soumise à l’immédiateté de notre monde intérieur (sentiments, émotions, passions, désirs) et à l’instabilité du monde social.

- Ne pas être soi-même est en réalité l’expérience d’une identité qui ne se saisit jamais, qui ne se fixe sur aucune vérité définitive mais qui se cherche dans toutes les sphères de l’existence où elle agit.

Sous-partie 2

Argument : Ne pas être soi-même est donc la seule condition de possibilité de notre liberté

- C’est parce que mon identité se cherche constamment que mon action prend un sens dans le monde. Agit n’est-ce pas se fixer des buts, des finalités ? Poser des fins rationnelles ou inscrire mes désirs dans le monde n’est-ce pas ce qui accomplit mon existence ? En effet, c’est parce que nous voulons savoir qui nous sommes vraiment que notre liberté a un sens. Notre liberté n’est jamais absolu mais relative à une quelconque dimension sociale par laquelle nous voulons nous définir (le travail, la religion, la politique, les autres etc.) (repère Absolu/Relatif)

- La liberté est toujours un pari identitaire : elle a pour but métaphysique de nous réaliser

Sous-partie 3

Argument : C’est dans le fait de ne pas être soi-même que l’on affirme le pouvoir de notre liberté

- L’expression du sujet « peut-on » a aussi comme sens celui d’une capacité, d’un pouvoir. Et cette signification cachée dans le sujet ouvre une dimension philosophique forte : ne pas être soi-même peut s’éprouver comme une puissance de libération.

Exemple : L’acteur est celui qui, pour jouer ou interpréter un rôle théâtral ou cinématographique, a besoin de dépasser sa propre identité pour déjouer les conduites ou les sentiments qu’ils auraient pu adopter ou ressentir s’il avait été naturellement confronté à la scène comique ou dramatique. Ainsi, il a besoin de ne pas être lui-même l’instant d’une scène, ou d’un film pour traduire l’identité du personnage qu’il a pour mission d’interpréter. L’acteur n’est donc jamais lui-même ! Et cette distance à l’égard de sa propre identité est essentielle pour l’exercice esthétique qui est à chaque fois le sien.

Référence littéraire : Diderot, Paradoxe sur le comédien

- Un acteur, pour émouvoir, pense Diderot, doit sortir de sa propre identité et simuler celle que le rôle qu’il doit jouer lui prête. L’acteur prend toujours ses distances par rapport à son identité pour être crédible. L’art du comédien est de se dépouiller de son identité et de la monotonie du monde (Diderot écrira que le gladiateur par exemple ne meurt jamais dans son lit !)

- Je vous renvoie pour appuyer cette idée au concept de « Personne » vu en cours qui appuie l’idée que c’est l’expérience sociale elle-même qui est une comédie

- Par conséquent, on peut ne pas être soi-même au sens où la connaissance que nous avons de nous-même est insaisissable. C’est pourquoi, pour parvenir à nous définir dans le monde, il est nécessaire de prendre conscience que notre identité ne s’élabore jamais d’elle-même mais fait appel à tout ce qui lui est extérieur. Ainsi, l’on doit, pour exister, partir de ce constat que nous ne sommes jamais en possession de notre identité véritable et qu’il revient à nous de la réaliser socialement et psychologiquement. C’est là la raison d’être même de notre liberté. L’expérience esthétique confirme cette dernière idée.

 

Note du corrigé :
Proposé par : frenhofer (Elève)

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